La glucosamine, star des compléments « confort articulaire », pourrait ne pas être anodine chez les personnes qui ont des troubles de la mémoire. Une étude américaine, reprise cette semaine par la presse française, l’associe à une évolution plus rapide vers la démence. Il s’agit d’une association et non d’une preuve, mais elle invite à la prudence.
Plan de l'article
Qu’est-ce que la glucosamine ? #
La glucosamine est une molécule naturellement présente dans nos cartilages, nos tendons et notre peau. Comme le rappelle l’Anses, elle est vendue en Europe sous forme de médicaments, mais aussi de compléments alimentaires, souvent associée à la chondroïtine.
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Ces compléments, vendus sans ordonnance, sont très utilisés par les personnes qui souffrent d’arthrose ou de douleurs articulaires. C’est justement ce caractère banal qui a intéressé les chercheurs : beaucoup de personnes âgées en prennent sans en parler à leur médecin.
Que montre l’étude américaine ? #
Les travaux ont été publiés dans la revue Nature Metabolism par une équipe de l’université de Floride, dirigée par le chercheur Ramon Sun. Ils ont été présentés cette semaine au public français par L’Internaute.
Les chercheurs se sont intéressés à un phénomène observé dans la maladie d’Alzheimer : l’accumulation anormale de structures de sucre sur les protéines du cerveau, appelée hyperglycosylation. Or la glucosamine sert précisément de matière première à la fabrication de ces structures.
Chez la souris
Des souris modifiées pour présenter des caractéristiques de la maladie ont reçu de la glucosamine par voie orale : leur mémoire s’est dégradée. À l’inverse, freiner génétiquement la fabrication de ces sucres a amélioré leurs performances. Selon L’Internaute, la glucosamine n’a pas eu d’effet chez les souris saines.
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Dans les dossiers médicaux
L’équipe a ensuite analysé les dossiers médicaux du réseau hospitalier de l’université de Floride. Elle a retenu 24 481 patients atteints de démence et 41 884 patients présentant des troubles cognitifs légers, suivis en médiane environ cinq ans. Parmi eux, 1 896 et 2 750 avaient une prise de glucosamine documentée.
Résultat : chez les patients atteints de démence, la glucosamine était associée à un risque de décès supérieur de 25 %. Chez ceux qui avaient des troubles cognitifs légers, la mortalité ne différait pas, mais la proportion de personnes évoluant vers la démence était plus élevée de 25 % chez les utilisateurs.
Faut-il s’inquiéter ? #
Ces résultats demandent de la prudence. L’analyse des dossiers médicaux montre une association, pas un lien de cause à effet. On ne sait pas, notamment, si le risque dépend de la dose ou de la durée de prise. D’autres études seront nécessaires pour confirmer ces observations chez l’humain.
Rien n’indique non plus, dans ces travaux, un effet chez les personnes sans trouble de la mémoire. Le message n’est donc pas de jeter son pot de glucosamine par principe, mais de ne pas considérer ce complément comme inoffensif quand la mémoire commence à flancher.
Ce que l’Anses recommandait déjà #
En France, l’Anses avait déjà identifié des populations pour lesquelles ces compléments présentent un risque. Elle déconseille leur consommation aux personnes diabétiques ou prédiabétiques, asthmatiques ou traitées par anticoagulants anti-vitamine K.
Elle les déconseille aussi aux personnes allergiques aux crustacés ou aux insectes pour la glucosamine, ainsi qu’aux femmes enceintes ou allaitantes et aux enfants, faute de données suffisantes. L’agence recommande enfin de demander l’avis d’un médecin et de signaler tout complément pris à son médecin ou à son pharmacien.
Quelle approche pour ses articulations ? #
En naturopathie, un complément n’est jamais une réponse isolée. Bouger régulièrement, entretenir sa masse musculaire, soigner son alimentation et gérer son poids restent les bases du confort articulaire.
Si vous prenez déjà de la glucosamine et qu’un proche ou vous-même présentez des troubles de la mémoire, parlez-en à votre médecin avant de poursuivre. Il pourra évaluer l’intérêt du complément au regard de votre situation et de vos traitements. N’arrêtez ni ne modifiez un traitement prescrit sans son avis.
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Questions fréquentes #
La glucosamine provoque-t-elle la maladie d’Alzheimer ?
Non, l’étude ne le montre pas. Elle observe une association entre glucosamine et évolution plus rapide chez des personnes déjà touchées par des troubles cognitifs.
Qui doit éviter les compléments de glucosamine selon l’Anses ?
Les personnes diabétiques ou prédiabétiques, asthmatiques, traitées par anti-vitamine K, allergiques aux crustacés ou aux insectes, ainsi que les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants.
Faut-il arrêter sa glucosamine ?
En cas de troubles de la mémoire, l’idée est d’en parler à son médecin, qui jugera au cas par cas.




